Par Éric Collenne — Sillon de Vie


Il y a des blessures que le temps ne referme pas. Des injustices qui restent là, enkystées, longtemps après que les faits se sont produits. Une décision arbitraire. Un licenciement vécu comme une trahison. Une faute médicale passée sous silence. Une violence familiale jamais nommée.

On nous dit d’aller de l’avant. De tourner la page.

Mais comment tourner une page qu’on n’a jamais pu lire ?


Ce que l’injustice fait au corps — et au récit

Quand on subit une injustice, quelque chose se fige. Les mots restent coincés quelque part entre la gorge et la page blanche. On rejoue la scène en boucle, on cherche ce qu’on aurait dû dire, ce qu’on aurait pu faire.

Ce n’est pas de la faiblesse. C’est la marque d’une histoire inachevée.

J’ai traversé cela. Le burn-out, la machine qui broie, le silence des institutions. Et j’ai écrit. Pas pour me venger — pour reprendre possession de mon propre récit. Pour dire : voilà ce qui s’est passé, voilà ce que j’ai vécu, voilà qui je suis malgré tout.

Ce livre a été le tournant. Pas parce qu’il a tout résolu. Mais parce qu’il a mis en lumière ce que certaines organisations font systématiquement : étouffer la parole individuelle, réécrire les faits à leur avantage, user de leur poids médiatique et juridique pour que la vérité des petits ne parvienne jamais jusqu’aux grands. Écrire, c’est refuser ce scénario. C’est reprendre sa place. C’est donner sa vérité — quoi qu’il en coûte.


Écrire, c’est aussi mettre à distance

Déposer la colère, la tristesse, la honte parfois — dans un réceptacle qui les contient sans les juger. Ce que la parole ne peut pas toujours faire — parce qu’elle tremble, parce qu’elle est interrompue, parce qu’elle disparaît — l’écriture le fait. Elle garde. Elle absorbe. Elle permet de crier en silence pour être enfin entendu.

Photo de Marcus Ganahl sur Unsplash
Photo de Marcus Ganahl sur Unsplash

Ce que mes clients m’ont appris

Depuis, j’accompagne des personnes qui portent le même type de fardeau. Leurs histoires sont différentes — mais le mécanisme est toujours le même.

Écrire, c’est d’abord nommer. Mettre des mots précis sur ce qu’on a vécu, c’est sortir du brouillard. Ce n’est plus « quelque chose de terrible s’est passé » — c’est ceci, avec ses contours, sa chronologie, ses responsabilités.

Écrire, c’est reprendre le pouvoir sur son histoire. Tant que l’histoire reste dans la tête, elle appartient encore à ceux qui l’ont provoquée. Sur le papier, elle vous appartient. Vous en devenez l’auteur — au sens littéral.

Écrire, c’est parfois la seule justice accessible. Les procédures sont longues, incertaines, épuisantes. L’écriture, elle, ne dépend de personne. Elle ne peut pas être déboutée. Elle dit ce qui doit être dit, au moment où vous êtes prêt à le dire.


Quand l’adversaire maîtrise la communication mieux que vous

Il y a une forme d’injustice particulièrement retorse : celle que infligent les grandes organisations — entreprises, institutions, systèmes — qui disposent de services entiers dédiés à façonner leur image et à neutraliser les voix discordantes.

Face à eux, l’individu se retrouve seul, épuisé, souvent sans mots. Pas parce qu’il a tort — mais parce qu’il n’a pas les mêmes armes.

L’écriture ne compense pas ce déséquilibre. Mais elle fait quelque chose d’essentiel : elle pose une vérité dans le monde, de façon permanente, que personne ne peut effacer. Et parfois, c’est précisément ce dont on a besoin pour avancer.


Ce que ce n’est pas

Ce n’est pas de la thérapie — même si l’effet peut y ressembler. Ce n’est pas non plus un plaidoyer ou un règlement de comptes. C’est quelque chose de plus sobre et de plus puissant : un témoignage structuré, une vérité mise en forme.

Mon rôle n’est pas de juger, ni de valider. C’est d’écouter ce que vous portez, de trouver avec vous la structure cachée de votre vécu, et de l’aider à devenir un texte qui tient debout.


Et après ?

Certains gardent leur texte pour eux. D’autres le partagent avec leurs proches. D’autres encore choisissent de le publier — pour que leur expérience serve à ceux qui vivent la même chose.

Peu importe le destin du texte. Ce qui compte, c’est ce que le processus d’écriture fait à celui qui écrit.

Il libère. Il répare. Il reconstruit.


Vous portez une injustice que vous n’avez jamais pu dire ? Écrivez-moi. La première conversation est offerte.

www.sillondevie.fr — Éric Collenne, architecte de récits intimes


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